Croyances, religions et spiritualité…

Ces sujets sont très vastes et extrêmement personnels. Notre vision du monde dépend des chemins que nous avons emprunté, des personnes qui nous on inspiré, des épreuves que l’on a rencontré, de nos lectures et de tant bien d’autres choses. Et bien sûr, tout cela se respecte.

Nous avançons dans la vie et notre vision de celle-ci change, évolue. S’éclaire ou s’assombrit. Souvent  les deux à tour de rôle. On se découvre soi même chaque jour un peu plus. Ou alors on se cache, on se camoufle, on fuit… Pour des raisons diverses et variées. Qui toutes, se respectent.

On avance un pas après l’autre, même si c’est en marche arrière de peur de voir ce qui nous attend, vers la fin de notre vie.

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Et après ?

Voici une question, qui lorsque l’on a perdu un enfant, devient apparemment purement rhétorique. C’est en tout cas la forte sensation que j’en ai…

Alors oui, il est très rassurant, doux, joli, idéal, qu’un au-delà existe et que nos enfants se souviennent de nous et nous aime toujours et nous font des coucous.

Un millième de mon être l’espère. Follement. Le reste de mon être ne connait pas cet espoir. Cette illusion douloureuse de ce qui n’existe sans doute pas…  Je suis intimement persuadée que je ne serrerai plus jamais ma fille dans mes bras autrement que dans mes rêves. Et je ne sais même pas si ça se reproduira un jour dans un rêve…

J’ai un esprit plutôt cartésien. J’ai besoin de voir pour croire. Besoin d’avoir des preuves. Or croire, avoir la foi, c’est justement basé sur le fait de croire à quelque chose qui ne peut être prouvé. Remettre sa confiance sans « vérification » en une idée.

Je trouve cela très puissant d’avoir une croyance. Croire en quelque chose que l’on ne peut prouver. Mais qui pourtant nous porte en notre cœur. Cette foi peut être une alliée très forte pour le chemin de deuil. Mais cette foi ne peut se provoquer. On ne peut pas décider de se mettre à croire. Pour aucune raison que ce soit. Et on ne doit pas intervenir de force en s’imposant sur le chemin spirituel de quelqu’un d’autre, il faut se respecter.

D’autant plus sur les réseaux sociaux où on ne se connait qu’à peine. On ne connait pas le parcours de chacun, il faut être doux avec son prochain, surtout ceux qui ont souffert comme nous tous ici.

Pour moi, ce groupe est là pour nous aider sur notre chemin de deuil, pas pour basculer dans le paranormal. Ce groupe est là pour que nous prenions soin les uns des autres, pas pour nous juger entre nous.

Les formules telles que « sachez que votre enfant va bien, qu’il vous voit et veille sur vous » sont pour moi, à éviter. Cette formule rassurera seulement la personne qui a la même croyance que vous. Et encore… Elle peut ne pas apprécié que vous parliez au nom de son enfant dont vous ne savez rien…

Et pour quelqu’un qui ne croit pas, c’est très violent de s’entendre dire par un tiers ce que fait, voit et ressent notre enfant… En plus, ça n’a absolument aucun sens. AUCUN

Les personnes qui viennent avec des questions « paranormales » de type « est ce un signe ? » « Mon enfant se souvient il de moi ? » sont le plus souvent en grande détresse. Et PERSONNE sur ce groupe ne peut lui apporter une réponse fiable, sûre et sans équivoque. Par contre oui, on peut dire ce que l’on pense, mais on ne peut affirmer.

C’est certainement plus proche d’un problème de communication qu’autre chose.

On parle ici tout les jours des maladresses  que « les autres » ont à notre encontre. Mais sommes-nous conscient de nos maladresses personnelles à l’égard des autres ?! Et si nous commencions par cela ?

Car personne ne SAIT ce qu’est devenue ma Liah. Ni vos enfants. On peut avoir des théories, des espoirs, des idées, des convictions. Mais personne ne le sait et peut le prouver. Est elle lumière, nuage, atome dispersé dans l’atmosphère, cette rose qui vient d’éclore, ou tout à la fois… Nul ne le sait précisemment.

Il faut savoir que lorsque nous connaissons un deuil, notre état mental est très affecté. Il y a beaucoup d’étape dans le deuil, dont l’une d’elle, le déni.

Ce déni puise parfois dans les croyances pour jouer des tours à notre imagination et nous voyons des signes, nous pouvons avoir une sensation de présence. Notre cerveau est très très fort, il peut faire des choses incroyables… Et lorsque l’on sait que l’on en utilise que 10% consciemment… Ca laisse de la place pour beaucoup de chose…

J’ai beaucoup lu, je me suis beaucoup documentée et rien ne m’a montré aucune preuve de quoi que ce soit. Tout est critiquable car basé sur des souvenirs de rêves, des interprétations etc. etc.

Dans tout les cas, déni ou pas, éducation religieuse ou spirituelle ou pas, peu importe.

Si vous pensez que cette petite plume a été déposé par votre enfant pour vous, et bien c’est une douce pensée. Moi quand je trouve une petite plume, je pense à ma Liah car c’est doux comme elle.

Quand je vois une fleur tout juste éclose, je pense à ma jolie Liah, qui n’a qu’à peine effleurée la vie…

Quand je vois un nuage, un caillou, une patate, une tartine…  en forme de cœur, je trouve que l’amour c’est beau et que j’aime ma fille et mon fils plus que l’infini et que ce sentiment est terriblement puissant.

Quand je vais à la mer, j’écris son nom dans le sable et c’est comme si elle était un peu là, sur cette terre là. Avec cette eau qui mouille mes pieds et ce vent qui souffle dans mes cheveux. Comme si écrire son prénom la matérialisait.

Je ne crois absolument pas que ça soit des signes venant de ma fille disparue. J’interprète la vie autour de moi en fonction de qui je suis et j’essai de voir le plus joli en chaque chose. Bien sûr, je ne parle pas d’esthétique mais de choses vraies, profondes, émouvantes…

Tout cela, je le fais pour moi. Pour avancer ici. Parce que c’est ici que je suis et peut être que je n’irai nulle part d’autre… On doit continuer de vivre cette vie « en vrai », on doit le décider et agir pour.

C’est ce que je pense.

On ne fait pas son deuil en se racontant des histoires. C’est une chose sérieuse le deuil. On ne peut se mentir à soi même bien longtemps. Il n’y a qu’une façon de faire son deuil, le faire à sa façon.

On peut être plutôt rêveur, optimiste, réaliste, froid, enflammé, pessimiste, triste, gai, ou déprimé, mais il faut s’écouter soi même. Se remplir de l’amour, re créer le lien qui peut s’être distendu avec notre cher enfant disparu, de la manière qui nous convient.

Mais dans tout les cas, il ne faut rien imposer aux autres.

Nous savons que nous ne savons rien. Je crois que c’est un petit début de sagesse inspiré semble t il de Socrate :

« Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien, tandis que les autres croient savoir ce qu’ils ne savent pas. »

Pour moi, ça en a était terminé des questionnements sans fin que je connaissais…

Fini de lire encore et encore sur le sujet en ayant toujours autant de questions… Quête stérile, frustration, culpabilité de ne pas réussir à croire, perte de temps… Que des émotions négatives…

J’ai compris que la réponse n’était pas dans les livres… Je crois que le réel questionnement n’est pas de savoir où sont réellement nos enfants… Ce qu’il y a dans l’au-delà s’il y en a un, etc.

La vraie question c’est : comment vivre sans notre enfant ? Comment vivre avec la mort au quotidien ? Comment décidons nous de vivre à partir de maintenant ?

Pour moi, ça a été de me dire que je vivrais dans « l’ici et maintenant ». Que « Demain n’existe pas » alors il faut profiter de chaque instant et ne pas trop compter sur les projets. Juste compter dessus comme il faut. Zen. En prenant un maximum de recul sur les choses, pour être moins impactées s’il y a déception. En me protégeant. Comme une personne blessée…

J’ai évidemment croisé dans mes recherches de sacrés arnaqueurs, des vauriens…

Car oui, tout ce qui a trait à l’au delà, est très largement détourné par des personnes malhonnêtes qui se nourrissent de la détresse des autres. Soyez plus que tout vigilants, et vigilants pour vos proches… Il est tellement facile de tomber du côté obscur…

Telle une drogue dans laquelle on peut noyer tout les chagrins, les belles illusions peuvent réellement provoquer l’effet d’un shoot… Mais c’est artificiel. Ca n’est pas la réalité, il faut le savoir.

Nous sommes tous libres de choisir nos dépendances, même si c’est guidé par notre essence même, sans que cela devienne pathologique et/ou addictif.

Et si votre éveil spirituel vous a guidé sur un chemin plus proche des étoiles, si vous avez la douce conviction que nous ne serons séparés que le court instant du reste de cette vie là, et bien je respecte tout à fait cela et je suis heureuse pour vous.

Moi, j’ai trouvé un peu de sérénité en arrêtant de me questionner, et ça m’a fait le plus grand bien.

J’ai décidé de patienter jusqu’à la fin du roman de ma vie pour savoir, sans essayer de lire la dernière page…

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Derrière les sourires…

Etat dépressif ou euphorique, il n’y a pas de juste milieu… Tout doit être très vif ou ne pas être… Je ne vois pas les gris, les beiges… Ils sont pourtant rassurants, veloutés, doux…

La vie sera elle toujours aussi fade malgré touuuuuuut ce qu’elle peut contenir?
Peut elle être à la fois belle et si mortelle?
Peut on à la fois rire et souffrir immensément à l’intérieur?
EN MEME TEMPS?

Je ne parle pas d’un instant de liesse total où l’on ne pense pas à autre chose et donc qu’on ne souffre pas. Ces instants sont « perchés », littéralement. Etranges. Sans doute une fine stratégie de mon cerveau en manque pour assourdir ma peine…

Bref non, je ne parle pas de ces moments d’euphorie… Là je parle du quotidien, quand je ris, souris, fais des blagues… Quand je travaille, que je joue au poker, que je dîne avec des amis… Quand tout va bien. Et qu’en même temps jamais rien n’ira bien. Jamais… C’est toujours là et c’est horrible, inconcevable. Ce manque d’elle… Je peux en parler en rigolant sous couvert d’humour noir, mais je ne l’accepte tout simplement pas.

Je me torture l’esprit en vain. Je cherche comment remettre ma vie dans le bon sens. Parce qu’il y a quelque chose qui cloche. Vraiment.

Comme beaucoup je n’ai pas forcément le job que j’aimerai maintenant. Pas forcément LE mec, genre l’âme soeur comme dans les films. Je ne vis pas exactement où j’aimerai… Mais même si je m’épuisais à réunir tout cela, ça clocherait toujours… Alors à quoi bon? On dit que pour être heureux il faut cueillir le bonheur présent, ne rien remettre à après. C’est maintenant.
Et mon maintenant c’est la tristesse…
Elle me manque comme c’est pas possible de le décrire…

Je suis triste, je traine ma peine, il n’y a rien qui changera ça… Je me leurre encore parfois en espérant que… Mais non, je suis une personne triste. J’ai une vie triste.
Oui je sais m’amuser, mes sourires sont sincères, mais vraiment, proflinondément, ne vous faites pas d’illusion…
Je suis triste… Et je suis seule. Si seule…

Quoique seule n’est pas le bon mot je crois..
Isolée… Oui, je crois bien que je suis isolée.
Au milieu des autres mais isolée dans une bulle.
Ou séparée par un mur invisible…
Une étrangère dont on ne comprend pas un mot, perdue dans un pays lointain…

Ce pays ressemble pourtant beaucoup à celui que j’ai laissé il y a 4 ans 1/2… A part que le soleil n’y brille pas…

Encore et toujours SA maman…

Continuer d’avancer, c’est très difficile. Trouver du sens à notre vie sans notre enfant disparu… On pense cela impossible au début… Et puis le temps avance, le dur et long et pénible travail de deuil commence à porter ses fruits…

Ce qui en résulte ça n’est pas une page qui se tourne ou le fait qu’on oublie cet enfant. Ce drame. Non
Ce qui en résulte c’est que l’amour devient plus fort que la mort. Que moins de larme entachent nos beaux souvenirs avec eux. Que moins de déchirement nous transpercent quand on parle d’eux. Que nos sourires sont plus fréquents que nos rictus de douleur…

C’est un long long chemin. Le chemin de La vie…
Nous avons tous nos sentiers et autres chemins de traverse pour nous aider à continuer d’aller dans le bon sens… S’il y a un sens à quelque chose…

Moi je n’ai de cesse de faire bouger les ailes de mon anges… Elle est partout avec moi puisque je pense constamment à elle. Comme on pense à chacun de ses enfants. En vie ou non…

J’en ai un peu moins l’occasion ou le besoin, mais quand j’ai une attention pour elle, que je parle d’elle, je me sens mieux. Je me sens en phase avec la maman que je suis. Sa maman.

Alors voilà, hier sur la jolie plage de San Sebastian en Espagne où j’ai passé la journée, j’ai gravé son prénom dans le sable… (On ne le voit que très peu sur la photo…)

Dès que j’ai une occasion je marque sa présence, pour que jamais on ne l’oublie. Pour que jamais elle soit un taboo. Pour que toujours on me voit comme SA maman, encore aujourd’hui. Elle est ma fille et moi sa mère. Même si mon rôle de maman est très différent que beaucoup…
Et que peut être on ne me comprend pas…
Mais après tout?!?! Ililistl y a beaucoup beaucoup des mères que je ne comprend paaaaas du tout! Alors!!?!! :

Monde parallèle…

J’ai fait un rêve… Ca commence présomptueusement, mais j’ai réellement fait un rêve. Le rêve de ma vie. Comme toujours, dans mes ressentis, dans mes écrits, on y retrouve la notion de dédoublement.

Dans ce rêve, je vivais en apparence ma vie l’air de rien, en ballade dans la nature avec des amis. On riait ensemble, on était proche. Et à la fois, j’étais tellement loin d’eux… J’étais d’une couleur plus pâle… C’est comme si je jouais un rôle dans un film. Ou comme lors d’une conversation où vous faites semblant d’avoir compris…

Je pouvais voir en permanence, comme à travers un voile, une autre dimension. Une autre vie. Passée, présente, aucune idée. En transparence…

Mais ma Liah jouait, riait, courrait, mon dieu ça a duré très peu de temps, mais comme c’était bon de la voir ainsi…

Et comme c’était triste, elle était là, mais pas avec moi. Inaccessible. Comme irréelle.

Et la tristesse m’accablait en même temps que je riais dans ce monde-ci avec mes amis… Comme quelque chose de poisseux qui me collait à la peau. Comme un poids très lourd qui ralentissait tout mes mouvements.

C’est mon quotidien. Je ressens cela si souvent que c’est terriblement épuisant. Secrètement. Se sentir entre deux mondes, tiraillée. Se battre tout le temps pour garder cela en soi.

Une chose en résulte, je ne vais nulle part. Je ne me projette nulle part.

Je stagne, incapable de bouger. Tétanisée. Et j’attends… Angoissée.

Je ne sais pas ce que j’attends. Mais cette attente est dure. Longue. Terrifiante.

De plus en plus solitaire…

Je ne comprends pas. Je ne comprends toujours pas…

J’ai mal. Je voudrai que ça s’arrête. Vraiment, pourquoi vivre comme ça ?

Je ne comprends pas. Le problème est insoluble. Je ne comprends pas comme je peux accepter cela…

C’est impossible… Je… Je ne comprends pas…

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Dédoublée

Il y a eut ce jour…
Et puis il y a eut tout les autres jours depuis…
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C’est comme dans un film.
C’est comme un film. Parce que même 3 ans après, ça ne peut pas être la réalité. Ca ne peut être qu’une fiction… Une très mauvaise fiction.
Une du genre qu’on voit chaque jour dans les journaux. Une qui n’arrive qu’aux autres…
 
Et puis on se retrouve dans ce mauvais film.
Et on joue.
Chaque jour on joue une vie. On joue un rôle dans cette vie.
Des fois on ne sait plus trop le texte. On improvise ou tout simplement on ne dit rien…
 
Mais la plupart du temps, on tâtonne… Parce que finalement, de script, il n’y en a pas. On joue la courageuse. On se ment à soit même. On ne craque pas. Pas par courage, par résilience ou que sais-je.
 
Simplement par ce que si le barrage lâche, on a peur que jamais le torrent de larme ne s’arrête. On a peur de sauter pied joint dans un trou sans fond et de ne jamais pouvoir en sortir. On a peur de se faire engouffrer par une douleur encore plus écrasante que la souffrance quotidienne qu’est celle de vivre sans son enfant…
 
Mais on a beau faire. Parfois… Il y a des failles dans ce plan non plannifier. Dans ce plan de survie, cette improvisation de chaque instant…
Parfois, en une fraction de seconde, tout ces efforts sont réduit à rien du tout. Le néant. Une petite émotion, un instant perdu, un moment d’innatention et cette boule au ventre ré apparait. Cette tension se fait sentir. Et on est seul au monde. Seul avec ce poids, seul avec ce fardeau qui pèse tout le poids du monde. On est seul dans un monde vidé de sens.
 
Où tout tourne à une vitesse vertigineuse. Un monde où plus jamais on ne se sentira exactement à sa place. Un autre monde que le notre. Que le votre. On a beau essayer. On a beau tout faire. Non. Ca n’est plus possible. Plus d’innocence, de moment de bonheur… De vrai bonheur. Celui que vous pouvez connaître.
 
Tout s’est arrêté le 2 décembre 2012. Je me suis arrêtée de vivre une vie. Et j’en ai commencé une autre. Je vis comme dédoublée.
Et sans cesse je fais ce grand écart entre ces deux vies…
 
Ces deux rives qui s’écartent chaque jour un peu plus.
 
Et, je dis ça sans avoir de religion particulière, mais mon dieu, que c’est usant, fatiguant, difficile. Tout se fait avec tant de peine et de difficultés… Et d’incompréhension.
 
Je suis tellement fatiguée mais je continue. Comme tant d’autres continuent des vies tellement difficiles, et plus difficiles que la mienne. On s’accroche, c’est l’instinct de survie, c’est essayer de profiter d’une vie que d’autre n’ont pas pu vivre… Par respect…
 
Alors je suis dédoublée oui. Je suis une moitié de ce que je pourrai être, de ce que j’étais. Je fais de mon mieux pour m’adapter à ce qui m’entoure. A ceux qui m’entourent. Tout à changer, c’est incompréhensible. Tout est tellement différent. Je me souviens que l’ancienne moi arrivait parfaitement à y vivre dans ce monde. Elle y avait des projets et elle a bien profité de sa poupée d’amour. Quelle chance elles ont eut toutes deux ensemble…
 
Je vis ces souvenirs comme une vie antérieure.
Je vie cette vie comme une torture.
 
Recevez un baiser pendant que votre coeur est en train de se faire écraser dans un étau, et on verra si vous appelez ça un moment de douceur…

Des larmes de toutes les couleurs…

cara-delevingne-makeup-model-rainbow-Favim.com-2690304Presque 3 ans que je pleure… Et j’ai appris que mes larmes ont toutes un goût différent…

Il y a les larmes de détresse… Celle qu’on ne contrôle pas et qui nous prennent quand on ne s’y attend pas…

Celles-ci sont gênantes, car quand elles coulent on ne se rend compte de rien du tout… On dit parfois n’importe quoi… Et quand on retrouve la vue, que celle-ci est moins troublée par tout ce liquide qui se répand de nous, on voit ce qui nous entoure, ceux qui nous entoure… Et là… Outch…

Personnellement, c’est assez douloureux et j’aimerai disparaitre de la même façon que mes larmes… Que personne ne m’ai vue…

Il y a celles de douleur… Qui nous soulagent… Après des cris et des râles, tordues en tout sens au milieu d’un lit, sous une couette à essayer d’évacuer cette douleur qui nous prend aux tripes…

Les larmes viennent en dernier lieu, comme pour tout rincer, et elles laissent le nez et les lèvres rougie, les yeux enflés et le cœur moins lourd… Comme essoré…

Et puis il y a d’autres larmes…

Des larmes que je découvre… Je n’en comprends pas encore vraiment le sens… Mon cœur le comprend, mais vais-je réussir à mettre des mots dessus…

Ces larmes qui arrivent après trop de sourires…

Ces larmes qui viennent quand on croit qu’elles n’ont rien à faire là…

Ces larmes qui sortent comme ça, on essai de savoir d’où elles viennent mais… Non… On ne sait pas vraiment… On pleure pour rien…

Alors on les laisse couler, car ça, on sait désormais qu’on ne peut plus faire autrement… Sinon on se noierai On laisse couler… Et puis on réfléchit… Pour savoir quand même… Car tout va bien… Alors pourquoi ??

Et là, un éclair… Un éclair de douleur…

Tout va bien ? Non

Rien n’ira jamais bien. Et en fait si… Mais non. Non ?

Ce paradoxe pour toujours insoluble me presse le cœur et c’est des larmes de sang qui en coulent

Se sentir bien, parfois, malgré l’absence de ma douce…

Se sentir à l’abri et protéger, alors qu’on ne sait jamais ce qui peut arriver… Pur affront à la réalité…

Se sentir aimer alors qu’au fond on sait qu’on ne le mérite pas. Mais en fait si. Mais non. Paradoxe… Encore…

Tout n’est pas blanc ou noir

Mais quand tout est nuance de gris, vraiment, ça donne un décor dégeulasse… Qu’on n’a pas envie de partager…

Je préfère mille fois les couleurs de l’arc en ciel… Ces couleurs qui m’éblouissent trop désormais… Que je n’ose espérer revoir dans mon ciel, mais qu’en même temps je crève d’envie d’y retrouver.

Est-ce seulement possible ? Je n’en ai aucune idée…

Je garde juste l’espoir qu’un jour… Peut être… Je puisse les voir de nouveaux…

Que j’accepte de voir cette arc en ciel qui est peut être juste au dessus de moi, mais que mes larmes m’empêche de voir… Car il n’y a plus qu’elles qui me séparent de toutes ces couleurs

Il ne tient qu’à moi de les sécher et de lever la tête…

Il ne tient qu’à moi et à mon cœur d’accepter d’avoir le droit de le faire

Plutôt que de garder le regard baissé à contempler tout ce qui ne va pas

Tout ce qui pourrait ne pas aller

On a beau lever la tête, si on avance à reculons, on doit vraiment louper de très belles choses…

Mais peut être que pour faire disparaitre tout cette grisaille, il faut que les larmes coulent encore

Qu’elles coulent, jusqu’à ce que mon âme accepte cette nouvelle vie sans elle

Ma p’tite brunette adorée que je ne vois plus qu’ici ou là en photo… Ma chair, mon sang, ma vie, disparue à tout jamais… Et peut être qu’avec cet amour, qui lui ne disparaitra jamais, il faut que j’accepte une nouvelle existence… Elle aussi faite d’amour et de vie… Et de couleur…

Tellement de couleur…

Alors ces larmes, je vais les laisser couler…

Mon cœur bien au chaud entre des mains bienveillantes

Mon âme caressée par les douces paroles d’un cœur aimant

Mon corps protégé par les bras les plus forts…

Elle et moi…

Il est 6h, je me réveille doucement et… J’ouvre les yeux. Comme chaque fois, je me sens percutée par un poids lourd en pleine face. Mais je ne m’écroule pas, je jette mon oreiller de colère et me lève. Une nouvelle journée commence… Et elle est là, étendue sur le lit. Elle se réveille aussi…

Je vais prendre mon café. Je pense à la journée qui s’annonce et… Elle me regarde. Qu’est ce que je vais faire d’elle encore aujourd’hui. Je décide de l’ignorer. Je mets la musique à fond et file à la douche ! La musique m’entraine, je chante, je bouge.

Il faut que je bouge. Il faut que j’avance. Il faut que j’aille travailler. Il faut que j’arrête de penser.

Mais je sens ce poids. Il m’empêche de respirer pleinement.

Je sors de la douche et je prends une grande respiration, pleine de vapeur d’eau chaude, et je souffle fort. Reflexe pour tenter d’expulser ce qui me gène. Mais mon cœur s’accélère. Ca ne fonctionne pas. Je monte la musique et fredonne, essayant de convaincre mon subconscient que les paroles qui sortent de ma bouche sont vraies. Que la vie est belle. Que le bonheur est là, à portée de main. Foutaises mais… J’essai quand même…

Je m’habille, me coiffe. Un joli teint, du brillant sur les yeux, un peu de mascara. Comme ça, impossible de pleurer aujourd’hui, c’est décidé. Mon mascara n’est pas waterproof… Je m’essai à un dernier maquillage, mon sourire. Assez convainquant, pourvu qu’il tienne.

Je monte en voiture, elle prend place juste à côté de moi. J’aurai préféré qu’elle reste à la maison mais… Je ne choisi pas. Enfin peut être que je pourrai après tout… Je n’ai sans doute pas assez essayé. Sa compagnie me déplait mais… me rassure aussi, il faut bien le dire.

En arrivant, ma dose de nicotine. J’ai remarqué qu’elle déteste ça ! Alors pour quelques minutes, elle s’éloigne un peu. Elle m’attend un peu plus loin. Je traine un peu, je regarde l’heure. Pffff il faut y aller.

Bip. Je pointe. 6h45… Je vais être en retard pour les transmissions… Ca commence bien… Je me change, je râle sur moi-même… Toujours en retard, c’est pas correct bordel ! Fais un effort !

Et là, elle me saute sur le dos juste à ce moment ! Ouais, c’est clair, je l’ai bien cherché aussi… Okey, allé viens on y va. Avec tout ce poids, je me sens les épaules basses, mon sourire n’arrive pas à se faire un chemin sur mes lèvres et j’ai l’impression de marcher au ralenti…

J’arrive, je pose mes affaires en salle de pause et la laisse ici comme d’habitude, pour vite rejoindre mon équipe aux trans. Bon comme d’habitude aussi, elle n’est pas d’accord, mais c’est moi qui DECIDE d’abord ! Je souffle un bon coup. Oui, c’est moi qui décide.

 

J’ouvre la porte du bureau de l’infirmière, un p’tit sourire d’excuse, oups oups pardonnn !!! Une petite remarque humoristique sur mon réveil qui fait chambre à et hop, je m’assois crayon en main ! Et oui, la vie est tellement drôle, l’humour est une question de survie parfois !

Je me concentre. Madame A n’a pas voulu garder son oxygène cette nuit, elle a désaturé assez sérieusement mais va mieux. A surveiller. Quelques à jeun ce matin encore, attention pour la distribution de p’tit dej. Je note le tout méthodiquement. Mon cerveau a besoin que je l’aide avec mon p’tit calepin, car il ne retient plus rien. A croire que sa carte mémoire est saturée… Ou qu’elle ne veut plus imprimer… Je ne sais pas, mais le fait est que j’oublie tout. Tout, j’exagère… Je retiens ce qui est important. Mais comment décide-t-on de ce qui est important ?

Hmm.. Difficile à savoir, car j’ai beau faire des efforts pour lui dire ce qui est important, il n’en fait qu’à sa tête.

Les rdv ratés, les prénoms des collègues zappés, les dates d’anniversaires, envolées.

« Jess, que fais tu la semaine prochaine ? Ca te dit un ciné ? »

La semaine prochaine… J’essai de réfléchir à toute vitesse en gardant un visage normal… Quel jour somme-nous ? Allé, réfléchi plus vite… Jeudi… Non mercredi, les enfants n’ont pas école cette après midi ! Enfin, Mahé n’a pas école. Le poids lourd m’ayant percuté ce matin au réveil est de retour et encore une fois, il ne m’a pas raté…

« Euuuh… Je ne sais pas, je te dis ça dans les prochains jours, il me semble que j’ai un rdv de prévu… »

Pff ça sent l’excuse bidon… Elle va penser que je cherche à l’éviter mais… Si je dis oui, je vais l’oublier et ça va être pire. Je le sais bien… Je vais essayer d’y réfléchir à la maison en prenant un calendrier. Il faudra que je le note. Quand déjà ? Ah oui, la semaine prochaine. On est mercredi. Il faut que je regarde le planning demain… Pfff tout est si compliqué. Pourtant c’est si simple. Je le vois dans ses yeux que je semble étrange. J’ai le regard perdu à essayer de me projeter la semaine prochaine, elle doit se dire qu’il me manque une case. Ce n’est pas une énigme non plus qu’elle me pose…

Et c’est comme ça pour tout… Même sans le vouloir, je me sens en décalage total.

Et puis elle qui me suis partout, il va falloir que je lui parle entre 4 yeux… Mais plus tard… Elle complique toujours tout. Et puis elle mélange tout… Quand on parle ensemble, je me sens encore plus perdue après qu’avant… Alors à quoi bon.

Nous sommes même allé ensemble consulter, afin d’avoir l’avis d’un professionnel. On ne peut pas rester dans cette situation là, ça devient invivable. Et bien, il n’a pas été franchement pour une séparation… Mais il aimerait qu’on communique mieux… Qu’on s’accepte… Que j’accepte.

Pfff accepter. Pour lui, ça n’est qu’un mot. Un mot, ça n’est pas grand-chose, on peut bien en faire ce qu’on veut. Mais ça n’est pas un mot qui va m’enlever le poids que j’ai sur la poitrine. Ca n’est pas un mot qui va remettre mon cerveau en ordre. Ca n’est pas un mot qui va changer les choses. J’aurai beau les jeter ici ou là, sur papier ou sur l’écran… Que changent-ils réellement au fond ?

Bon ok. Ils changent les choses. De façon imperceptible. Comme ces photos, qui misent bout à bout, animent le soleil dans le ciel de son lever jusqu’à son coucher. Un time-lapse, on appelle ça.

Le soleil met 24h à parcourir le ciel d’est en ouest. Pour que le soleil se lève à nouveau sur mon cœur, cela risque de se passer plutôt en année… S’il se lève de nouveau. Non, pas de morosité. Le soleil y jette quelques éclats parfois. Quand elle a le dos tourné. J’ai remarqué que ça arrive de plus en plus souvent. Mais elle déteste ça ! Mon sourire à peine esquisser sur mes lèvres qu’elle déboule en courant l’air réprobateur… « T’es sérieuse ? Un sourire ??! »

Non, je ne peux pas sourire. Si, il faut que je sourie. Mais non… Je ne veux pas pouvoir sourire. Car… ça fait du bien. Mon dieu, CA FAIS DU BIEN… alors il ne faut pas… Mais il le faut pourtant, comment continuer sinon ? Et pourquoi ? Continuer pour de faux ? Mentir constamment ? Plus inhumain c’est difficilement envisageable. La vie c’est la vie. La vraie. Une maman ne peut pas être un zombie. On n’appelle pas ça une maman sinon. Mais le fantôme d’une maman.

Mahé mérite bien mieux que ça. Tellement mieux. Il mérite le meilleur… Où est passé le meilleur de moi… Le meilleur de pas grand-chose, ça représente assez peu…

Alors ça va être elle ou lui. Lui ou elle. Dilemme ? Pas vraiment…

Un combat ? Oui. Au quotidien.

Un focus : retrouver la vie. Et si ce n’est la quitter elle… Au moins m’en éloigner. Doucement. Aussi subrepticement qu’une fleur que l’on fixe et qui s’ouvre, bien qu’immobile à nos yeux.

La fuir ? Ca serait lâche, tellement lâche. Et puis, c’est impossible. J’y tiens quand même, je ne peux pas l’effacer… Enfin si, mais non… Arrh c’est tellement embrouillé… Pourquoi est-ce si embrouillé…

La matinée se déroule bien, je file de chambre en chambre donnant les soins aux patients, leur donnant des sourires et de la compassion. Elle ne rentre jamais avec moi dans la chambre, j’ai au moins obtenu ça d’elle. Mais elle m’attend juste là et se rattrape dès que je passe la porte de la chambre pour ressortir dans le couloir.

Du coup, autant j’arrive à ce que les patients ne la voient jamais, autant mes collègues doivent un peu la supporter. Pas toujours évident, surtout que je ne peux rien leur expliquer… Il faudrait des mots, et puis les bons… Pour expliquer quelque chose que je ne comprends pas moi-même…

11h. Je sens l’épuisement. Sourire, articuler un mot audible, entendre une consigne me semblent des tâches bien trop complexes. Je me sens me liquéfier de minutes en minutes. Devenir transparente de seconde en seconde. Je voudrai me fondre dans la couleur mauve de ce mur et disparaître. Je suis inutile. Tout, sauf à ma place. Les gens vont, viennent. M’apostrophent. Je fais un signe de la tête, mais je n’entends pas ce qu’ils me disent.

Midi. Je me vois pourtant servir ce repas. Souhaiter un bon appétit à ce patient. Puis à un autre. Regard sur la pendule. Midi trente. Si je partais maintenant, personne ne s’en rendrait compte. Je regarde la porte de l’ascenseur et j’hésite à me diriger en courant vers cette sortie. Je regarde si souvent dans cette direction. Penser à autre chose. Je mange un morceau, machinalement. Ca n’a pas de gout. Rien n’a de gout, j’ai la tête ailleurs. Je déglutis. Je quitte la salle de pause, ces rires m’agressent. Comment peut-on encore rire. Je suis jalouse, je ne sais plus faire. Je ne veux plus le faire. Plus personne ne devrait le faire. C’est tout.

Un instant seul dans le recoin d’une porte et je la prends dans mes bras. Elle me comprend si bien, c’est bien pour ça que je n’ai pas vraiment envie de la quitter. Je sais que j’ai raison en fuyant ces rires, elle me dit que j’ai raison, c’est bien la preuve. Sinon, je pourrai l’oublier elle et rire avec eux, et ça non, je ne suis pas prête à le faire.

C’est l’heure de rentrer, vite le vestiaire. Je rase les murs. Pas un mot, je n’ai plus l’énergie pour ça. J’arrive à ma voiture. Je m’assois et je claque la porte. Ca y est !! Plus de faux semblants, j’allume la musique et j’éclate en sanglot. Pourquoi ? Une bataille de livrée encore. Fébrilement. En secret. Personne ne doit savoir la difficulté que c’est pour juste tenter de les imiter. Sortir du parking, vite, on pourrait encore me voir…

J’arrive à la maison, les larmes n’ont pas encore eut raison de ce poids qui s’est alourdi au fil des heures passées à l’extérieur.

Cet extérieur où tout va tellement vite. Où rien ne s’est arrêté et où j’ai l’impression que tout à accélérer. Alors que pour moi, j’ai l’impression que le temps défile de façon anarchique. Le passé se mêle au présent, l’avenir n’existe plus. Encore embrouillé. C’est demain qui n’existe pas. Mais le présent non plus. Le temps de le dire et c’est déjà passé.

Alors que sommes-nous ? Pouvons-nous faire l’affront à la vie de parler de demain ? Faut-il être bien présomptueux pour avoir de simples projets ? L’être humain se projette sans cesse dans un futur qui n’existe pas en oubliant de vivre l’instant présent.

Je ne suis plus qu’instant présent. Mis bout à bout, ils devraient constituer le reste de ma vie. Par tout p’tit bout, comme ça, ça semble envisageable. Avec un peu de chance, il n’y en aura pas tant que ça.

Non. La morosité est de retour. Ne pas y penser. Voilà c’est mieux. Ne pas y penser, tout simplement. Ca évite les mauvaises pensées de ne pas penser. C’est tout une gymnastique du cerveau à acquérir. Avec un peu d’entrainement, je vous jure que c’est possible. Après tout, quand c’est une question de survie, a-t-on vraiment le choix ?!

On me dit que oui. Moi je dis qu’on est comme on est. On a les armes qu’on a. Les miennes m’ont permis de rester en vie, je dis temps mieux. Je le dis, mais ça ne sont que des mots. A prendre pour ce qu’ils sont. De simples mots qui ne traduisent pas vraiment les nuances d’une pensée.

Mais tout à fait raisonnablement, je dis temps mieux. Il faut voir le verre à moitié plein. Et puis c’est plus socialement acceptable. Et il faut que je sois socialement le moins décalée possible, je le sais. Avec elle sur les bras, ça n’est pas toujours évident, mais je la fais la plus discrète possible et généralement ça passe. Et ça n’est qu’une question de temps pour que je m’en sépare… Juste encore un peu…

Pour faire baisser la tension que je ressens, j’ouvre mon ordinateur, et je pianote. Elle aime que je parle d’elle, que j’écrive sur elle. Ca nous permet de discuter un peu ensemble, de voir où on en est toute les deux. Voilà, les mots sont sortis, je suis un peu vidée. Sans parler de légèreté, je suis moins lourdes, mes pas sont moins las, ma respiration un peu plus libre. J’ai laissé un peu d’elle sur ces pages que j’ai noircies. Peut-être qu’elle va y rester quelques minutes. Peut être puis-je espérer quelques heures sans cette chaine si lourde qui nous lie.

Je récupère Mahé à l’école, j’ai récupéré un peu d’énergie pour être un peu plus que le fantôme d’une maman. Je sens mes sourires empreint d’une certaine froideur, ils ressemblent parfois même à une grimace, je le vois bien sur les photos. Mes les siens sont pleins de vie. Son rire si cristallin, si pur. Quelle force. J’essai de le comprendre, sans vraiment y parvenir. En tout cas je m’inspire. S’il peut le faire, un jour j’y arriverai. Il me montre le chemin, quand je serai prête, je pourrai le suivre.

Je me raccroche toujours très fort à cette idée. Ca n’est pas moi qui est là pour lui, mais lui qui est là pour moi. Il faut juste que je le suive. Que je ne prenne pas une route différente où on pourrait se perdre tout les deux. Alors je l’abandonnerai sur une route qu’il ne connait pas, ni moi, ni personne. Mais une route où il ne doit pas être seul. Ca je le sais. Une route où il ne doit pas être sans moi. C’est sûr. Sinon, je ne serai sans doute plus là déjà. Je n’ai qu’une place à avoir. Celle tout près de lui. Toujours. Et il n’y a pas de place pour elle près de lui.

Mahé lui-même me l’a dit. Ce qu’elle déteste quand il parle d’elle !! Mais moi j’aime ça. Il m’oblige à m’en éloigner. Il me convainc de le faire. Avec ses mots d’enfant, il me dit qu’elle n’est pas bien pour moi. Ses mots sont des armes redoutables ! Ils ressemblent pourtant à tant d’autres mots que j’ai entendus. Mais il doit avoir un pouvoir magique caché qui fait que dit par lui, ils ont un impact très fort sur elle.

« Maman, ça n’est pas ta faute si la voiture à glissée tu sais… »

Et là je la vois, elle se ratatine dans son coin. Cette chose monstrueuse, nommée Culpabilité, se prend un encore plus monstrueux coup de pied au cul par ce gamin de 5 ans. J’ai le cœur qui va exploser. Il ne peut pas savoir si c’est de ma faute ou non. Mais s’il parle d’elle, c’est qu’il la ressent. C’est qu’il en a entendu parler. Et cette chose monstrueuse ne doit pas faire partie de sa vie car elle salie tout.

Alors cette claque dans la gueule fait encore plus mal que le poids lourds du manque qui me percutent si régulièrement que ça en devient une habitude. Et je n’attendrai pas la prochaine claque pour me battre encore plus fort contre cette culpabilité qui salie mon cœur, qui salie mes souvenirs. Qui salie tout.

Certes elle m’a tellement aidé à me garder en colère contre moi-même que je ne ressentais rien d’autre que de la haine. Certes elle a camouflé la peine qui aurait été encore plus difficile à ressentir à l’état pur. Elle m’a peut être donné la force de rester en vie, m’accrochant à elle, comme si je ne méritai que de souffrir. N’envisageant aucune solution de facilité qui aurait été bien trop lâche et bien trop apaisante.

Mais il est temps que je me sépare d’elle, avant qu’elle ne fasse plus de dégât qu’autre chose.

Je veux être triste et arrêter d’être en colère. Je ne veux pas être une maman fantôme. Je ne veux pas être une maman en colère. Je veux être la maman de Mahé et Liah. Qui organisent mille choses pour faire briller leurs yeux. Faire briller leurs yeux de mille étoiles. La maman qui rie comme une enfant en jouant avec eux. Une maman quoi.

Allé Mahé, au dodo. Une histoire. Un bisou et un câlin et

« Je t’aime plus fort que la lune et toutes les étoiles chaton »

« Toutes les étoiles sauf Liah  maman ? »

« Toutes les étoiles sauf Liah bien sûr. Je vous aime tout les deux très très forts pareil. Endors toi bien vite mon cœur »

« Endors-toi bien vite maman. Je t’aime »

Je ferme sa porte et arrive au salon. Elle a repris du poil de la bête et s’est installée dans le canapé. Elle m’attend. Veut m’étreindre pour ne pas me lâcher. Elle ne voudra surtout pas me laisser dormir, s’insinuant dans les moindres recoins de mon cerveau.

Je me dirige vers la chambre. Elle me regarde amusée « Ah ah comme si tu pouvais me fuir ! »

Je croise le regard de Liah. Qu’elle est belle sur cette photo. La culpabilité se sent bien en moi et pense s’y faire une place pour la nuit entière. Hors de question ! J’allume mon ordinateur, cette nuit ça sera quelques épisodes de Breaking Bad.

« Tu as à moitié gagné, je ne dormirai pas et ça sera à cause de toi. Mais je ne penserai pas à toi. »

Tête sur l’oreiller, je suis à Albuquerque et je deal de la meth. Tout sauf penser à ma vie. Tout sauf penser. Jusqu’à sombrer finalement d’épuisement dans un sommeil agité pour une poignée d’heure…

Avant de tout recommencer, le jour suivant…

Elle et moi… Mais elle n’est pas moi…

 

culpa

 

Ce matin là…

Ce matin là, je me réveille reposée et détendue comme jamais. Une douce lumière caresse ma joue, je me sens bien, limite on se croirait dans une scène de film tellement ça semble parfait… Je me cache sous la couette pour gagner encore quelques minutes entre veille et sommeil…

Mais je savais que ça serait de courte durée ! Mahé et Liah déboulent dans la chambre et sautent sur mon lit en riant. Avalanche de gros bisous, de gros câlins et… Outch… Quelques coups de pied dans le ventre, bien involontaires mais qui n’en sont pas moins douloureux !

Soudain le bruit tonitruant de Gulli résonne d’un coup dans ma chambre ! Yen a un qui a trouvé la télécommande !!

Ok j’abandonne mon lit aux gentils monstres et je file préparer le petit déjeuner, non sans les embrasser et les serrer encore une fois dans mes bras avant de prendre mon élan pour me lever.

C’est tellement bon de sentir leur joues toutes chaudes contre moi, les petites mains de Liah dans mes cheveux, me serrant contre elle, en m’en arrachant quelques uns au passage. Hummm je les mangerai tellement je les aime… Je les regarde avant de quitter la chambre, et c’est comme une ombre qui passe dans mon esprit… Quelque chose ne va pas. Mais quoi ? Je suis là, dans l’encadrement de la porte, mais je ne sais pas… Non sans doute une impression… Qu’est ce que j’ai oublié ?

Bof, ça me reviendra !

Avant tout, le p’tit dej pour mes deux affamés.

David mon mari est parti travailler, et je profite du mercredi avec les enfants, sans la contrainte de l’aller retour à l’école et du réveil matin. Depuis que j’ai arrêté de travailler, je peux profiter à 200% de cette vie de famille si douces. Enfin, douce, par moment, car elle est si vide parfois !! C’est cela aussi la joie du congé parental ! C’est un vrai défi de s’épanouir dans les taches ménagères diverses. Si si !! Je vous assure ! Encore pire défi d’assumer d’être en retard dans ses lessives, parce que oui, Lucie avait vraiment besoin de moi ce matin, c’est pour ça que j’ai papoté 3h avec elle sur facebook !!

Mais aujourd’hui c’est mercredi, on va aller à la ludothèque et cette après midi, nous irons voir un p’tit spectacle tout les 3. Il faut qu’on fasse plein de choses ensemble, qu’on partage plein d’expérience tant qu’on le peut !

Le p’tit déjeuner est prêeeeeet !!! Mahé arrive en courant. Punaise il a encore faillit se manger le mur ! Pourquoi court il en regardant derrière lui… P’tit bonhomme, 2 ans déjà. Il grandit trop vite. Enfin c’est bien ce qu’il est sensé faire ! Grandir, ne jamais s’arrêter de grandir…

« Mais où est ta sœur ? »

«  Liaaaah !!! »

Pourquoi j’ai ce nœud au ventre ?! Je déteste ça.

« Liah ?!! »

J’arrive dans la chambre et bien sûr, elle est scotchée devant les dessins animés, quoi d’autre ? Je respire.

« Allé file, ton p’tit dej est prêt nénette ! » Miam, un p’tit bisou au passage !

«  Oui ouiiiii… ok… Tu peux mettre Gulli dans le salon… »

On ne sait jamais, si cette fois ci, la princesse ne retrouvait pas son prince à la fin… Suspens intenable du dixième visionnage de ce Disney… Les enfants peuvent se lasser si vite de quelque chose et pourtant avec certaines autres, ne JAMAIS se lasser. Désespérant comme leurs lubies sont rarement en phase avec mes goûts…

Allé on s’habille et on se prépare. Liah, à 6 ans, se débrouille comme une grande… Un peu trop d’ailleurs, car les 2/3 vêtements piochés dans son armoires sont rarement assortis ! Je ris intérieurement et je lui conseille autre chose. Parfois elle plie. Souvent je plie. Après tout, les diktats de la mode n’influent pas sur elle ? Ma fille a de la personnalité, je vais plutôt le prendre comme ça.

Je la regarde se coiffer devant le miroir… Elle est si jolie. Cette façon gauche d’être habillée si touchante. Ses cheveux en bataille… Encore, ce coup au cœur qui cette fois me « force » à la serrer fort dans mes bras. Ne leur dit-on jamais assez qu’on les aime ?

Tout le monde est prêt, départ pour la ludo ! Goo !

On monte en voiture, tout le monde est attaché ? C’est ok.

On est un peu en retard sur le programme que j’avais prévu. Allé j’accélère un peu, après tout, je la connais par cœur cette route… Arf non… Restons raisonnable, un accident est si vite arrivé… Et puis tous ces virages… Aller, tranquille… Comme d’hab.

Et soudain, je vois une voiture au loin devant freiner brusquement juste avant un virage… Elle perd légèrement le contrôle, mais redresse et reprend sa route en accélérant encore plus et faisant ronfler le moteur et crisser les pneus… Pff toujours des crétins pour faire n’importe quoi sur la route !!

Cet abruti m’a fait peur, nan mais je rêve. J’ai les mains qui tremblent un peu et je suis en colère. Tellement en colère !!! Ca fait l’imbécile mais il ne lui arrive rien à lui !! C’est tellement injuste…

Injuste… Pourquoi injuste, je me demande bien pourquoi je pense à ça, mais ça déborde de moi.

Un coup d’œil dans le rétro.

« «Pourquoi tu t’énerve maman ?? »

«  Euh non, pour rien. Ya un imbécile qui conduisait n’importe comment c’est rien. »

« Pourquoi il conduit n’importe comment ? »

« Alors ça bonne question… Pour faire son intéressant peut être »

« Pourquoi c’est intéressant ? »

« Ca ne l’est pas chérie, il est bête le monsieur, il roulait trop vite. C’est bon les questions là ! Je conduis moi ! »

Nous voilà à la ludo, je dois être encore bien bouleversée, je ne me souviens même plus du reste de la route et d’où je me suis garée… Peu importe…

De toute la matinée je n’arrive pas à me défaire de ce sentiment de colère et d’injustice que je ressens. Je suis avec les enfants, mais c’est autre chose qui occupe mon esprit. Il y a quelque chose qui cloche. Mais ils sont là, tout va bien…

Etre parent, c’est souvent ce sentiment qui nous submerge. On les perd des yeux au parc et en quelques secondes mille scénario tournent dans notre esprits, plus vite et de façon encore plus tordue que dans celui de Nic Pizzolato !

Hors de notre vue, on les imagine livrés à eux-mêmes, courant les plus grands dangers, risquant les choses les plus graves qui remplissent nos fils d’actualité et la rubrique « fait divers » qui fait encore et toujours couler autant d’encre.

En notre présence, on les imagine en sécurité… Ah la vie est faite de bien des illusions… Et l’homme se sent tellement au dessus de beaucoup de choses… On croit tout contrôler.

Je ne me sens pas très bien, il faut que je prenne l’air

« Venez, on va jouer un peu dehors les enfants ! »

« Ouiii trop bien !! »

« Maman on fait la course jusqu’au toboggan ?!! »

Chacun, ils me prennent une main et m’embarquent vers les structures de jeux. Me revoilà redevenue une enfant. J’adore ce sentiment. Je me mets à leur niveau pour leur faire plaisir, mais c’est en fait un plaisir personnel que j’assouvi en secret ! Voir la vie, l’espace de quelques minutes, avec des yeux d’enfants ! C’est se faire à soi même un bien joli cadeau.

Je ris avec eux, on se balance, on joue dans l’herbe, on se chatouille. Entendre leurs rires, mon dieu, il n’y a pas de plus joli sons que celui là. Ca pourrait être une drogue. C’est sans doute ma plus grande source d’énergie. Liah est tellement belle quand elle rit. Ses yeux si brillant, si expressif…

Je me sens mal pourtant. J’ai chaud en plus. Je transpire. Je suis en t-shirt et j’ai l’impression d’être couverte comme tout ! Mais, où sont les enfants ? Ils ont échappés à ma vue. Ces fameuses 5s d’inattention où on imagine le pire. On y est.

J’ai un très mauvais pressentiment. Il se passe quelque chose. Je le sentais depuis ce matin, bon sang…

Le portail est ouvert. La route juste devant. Je cours la peur au ventre.

Je vois Mahé au loin, il va ramasser le ballon qui est passé par-dessus le grillage. Pas de voiture, ouf ! Mais je ne vois plus Liah ! J’attrape Mahé par la main au passage et je continue de courir, courir… Combien de temps je cours je ne sais pas… Tout est blanc autour de moi…

J’aperçois Liah au loin, dans la prairie. Je ne savais pas qu’il y avait un tel endroit ici. D’ailleurs je ne sais pas où on est, ça va être compliqué pour retrouver notre chemin. Mais je continue de courir pour la retrouver.

Je la vois elle danse sous ce bel arbre, elle joue avec des bulles de savons dans cette jolie petite robe blanche. Mais il va arriver quelque chose de terrible je le sais. Je ne sens plus vraiment l’herbe sous mes pieds, je cours comme si je n’avançais pas. Rien n’est normal. Je veux juste me rapprocher et la serrer dans mes bras.

Et puis, ça arrive. Je vois cette magnifique bulle de savon éclater juste devant moi… Au ralenti. J’ai le temps de voir toutes les couleurs de l’arc en ciel dessus. Mes doigts effleurent une mèche de ses cheveux et là, juste à cet instant cette nuée blanche me submerge. Je ne vois plus rien et j’ai l’impression de devoir m’accrocher pour rester là… Mais rien n’y fait… Elle danse comme si de rien était… Liaaah ! Liaaaahh !!

Puis tout est noir… Je sens la couette lourde sur moi, j’ai tellement chaud, j’ai mal à tous mes muscles… Mes yeux sont mouillés. Je les serre si forts, comme si c’était possible que je disparaisse de nouveau dans mes songes… Mes mains sont crispées sur l’oreiller.

Nonnn, nonn, nonnn !!!! Je ne voulais pas me réveiller… Juste la serrer…

La serrer encore une fois tout contre moi…

bulle1

Lacher-prise…

La vie est un tâtonnement constant, au jour le jour on essai de s’adapter. A ce qui nous entoure. A ceux qui nous entourent.

Mais c’est si compliqué parfois de s’y retrouvé…

Et puis un espoir… Pourquoi cet espoir ? Envie d’y croire encore ? Le besoin de ne plus être seule ? Le BESOIN de se sentir vivre ? Le BESOIN de sentir qu’autre chose qu’une « simple » survie est possible.

La déception. La peur. La peur d’être déçue. La peur d’une possibilité de faire sourire mon cœur. Ce cœur si sec. Et pourtant si avide. Si vide. Si dur et si faible. Envie de le barricader pour qu’il ne souffre pas. Et en même temps quelle vie vaut d’être vécue ainsi. Mon coeur veut exploser au delà de toute les barricades! Je le sens bien… Tout dans ma vie aujourd’hui tend dans ce sens… Mon coeur me pousse toujours en avant… Plus vite que ma tête…

S’exposer et peut être souffrir. Souffrir ? C’est donc possible de souffrir encore. Oui car c’est cela vivre. Prendre des risques. Vivre ces risques. Sans doute tomber. Une chute de plus. Pourquoi pas. Je n’en mourrai pas, je le sais. Enfin je crois. Risquer d’être heureuse…

BONHEUR ce mot fait peur… Il me fait peur, mais peut être arriverai-je à apprivoiser cette peur, à la contrer, à la faire fuir…

Une émotion. La ressentir…

La vie. En profiter…

Avant de mourir et te retrouver… Et peut être avoir des belles choses à te raconter…

pensée-positive

« Lacher-prise ne signifie pas que vous êtes faibles, mais que vous êtes assez fort pour laisser aller »

Mars…

Bientôt un troisième anniversaire où tu n’es pas là…

Cela aurait fait 9 ans et 9 mois que je t’aurai eut près de moi. Au lieu de cela, je compte les jours qui nous séparent toute les deux…

Depuis ce jour où tu es partie, où je t’ai laissé, où nos chemins se sont éloignés… La douleur de ton absence se fait ressentir. Parfois si forte que ça semble insurmontable, intolérable. Pourtant ça l’es toujours…

Depuis que tu es partie, je ne compte plus les mots pour décrire ma douleur. Est ce que ça l’apaise… Je n’en sais rien…

La douleur de ta perte me prend aux tripes, me donne envie de vomir… Elle est si forte que je n’ai plus de larme. Elle est si forte que parfois, je n’ai plus de peine. Il n’y a que le vide qui résonne en moi. Comme si j’étais perpétuellement sous le choc de cette déchirure qui ne cicatrisera pas.

Mon cœur semble attiré par un trou noir gigantesque, se faisant dépouiller chaque jour d’un peu plus de toi…

coeur brisé

« Ne pense pas qu’un jour mon cœur puisse t’oublier,

Il peut cesser de battre mais pas de t’aimer ».