Dédoublée

Il y a eut ce jour…
Et puis il y a eut tout les autres jours depuis…
Vision-dédoublée
C’est comme dans un film.
C’est comme un film. Parce que même 3 ans après, ça ne peut pas être la réalité. Ca ne peut être qu’une fiction… Une très mauvaise fiction.
Une du genre qu’on voit chaque jour dans les journaux. Une qui n’arrive qu’aux autres…
 
Et puis on se retrouve dans ce mauvais film.
Et on joue.
Chaque jour on joue une vie. On joue un rôle dans cette vie.
Des fois on ne sait plus trop le texte. On improvise ou tout simplement on ne dit rien…
 
Mais la plupart du temps, on tâtonne… Parce que finalement, de script, il n’y en a pas. On joue la courageuse. On se ment à soit même. On ne craque pas. Pas par courage, par résilience ou que sais-je.
 
Simplement par ce que si le barrage lâche, on a peur que jamais le torrent de larme ne s’arrête. On a peur de sauter pied joint dans un trou sans fond et de ne jamais pouvoir en sortir. On a peur de se faire engouffrer par une douleur encore plus écrasante que la souffrance quotidienne qu’est celle de vivre sans son enfant…
 
Mais on a beau faire. Parfois… Il y a des failles dans ce plan non plannifier. Dans ce plan de survie, cette improvisation de chaque instant…
Parfois, en une fraction de seconde, tout ces efforts sont réduit à rien du tout. Le néant. Une petite émotion, un instant perdu, un moment d’innatention et cette boule au ventre ré apparait. Cette tension se fait sentir. Et on est seul au monde. Seul avec ce poids, seul avec ce fardeau qui pèse tout le poids du monde. On est seul dans un monde vidé de sens.
 
Où tout tourne à une vitesse vertigineuse. Un monde où plus jamais on ne se sentira exactement à sa place. Un autre monde que le notre. Que le votre. On a beau essayer. On a beau tout faire. Non. Ca n’est plus possible. Plus d’innocence, de moment de bonheur… De vrai bonheur. Celui que vous pouvez connaître.
 
Tout s’est arrêté le 2 décembre 2012. Je me suis arrêtée de vivre une vie. Et j’en ai commencé une autre. Je vis comme dédoublée.
Et sans cesse je fais ce grand écart entre ces deux vies…
 
Ces deux rives qui s’écartent chaque jour un peu plus.
 
Et, je dis ça sans avoir de religion particulière, mais mon dieu, que c’est usant, fatiguant, difficile. Tout se fait avec tant de peine et de difficultés… Et d’incompréhension.
 
Je suis tellement fatiguée mais je continue. Comme tant d’autres continuent des vies tellement difficiles, et plus difficiles que la mienne. On s’accroche, c’est l’instinct de survie, c’est essayer de profiter d’une vie que d’autre n’ont pas pu vivre… Par respect…
 
Alors je suis dédoublée oui. Je suis une moitié de ce que je pourrai être, de ce que j’étais. Je fais de mon mieux pour m’adapter à ce qui m’entoure. A ceux qui m’entourent. Tout à changer, c’est incompréhensible. Tout est tellement différent. Je me souviens que l’ancienne moi arrivait parfaitement à y vivre dans ce monde. Elle y avait des projets et elle a bien profité de sa poupée d’amour. Quelle chance elles ont eut toutes deux ensemble…
 
Je vis ces souvenirs comme une vie antérieure.
Je vie cette vie comme une torture.
 
Recevez un baiser pendant que votre coeur est en train de se faire écraser dans un étau, et on verra si vous appelez ça un moment de douceur…