Elle et moi…

Il est 6h, je me réveille doucement et… J’ouvre les yeux. Comme chaque fois, je me sens percutée par un poids lourd en pleine face. Mais je ne m’écroule pas, je jette mon oreiller de colère et me lève. Une nouvelle journée commence… Et elle est là, étendue sur le lit. Elle se réveille aussi…

Je vais prendre mon café. Je pense à la journée qui s’annonce et… Elle me regarde. Qu’est ce que je vais faire d’elle encore aujourd’hui. Je décide de l’ignorer. Je mets la musique à fond et file à la douche ! La musique m’entraine, je chante, je bouge.

Il faut que je bouge. Il faut que j’avance. Il faut que j’aille travailler. Il faut que j’arrête de penser.

Mais je sens ce poids. Il m’empêche de respirer pleinement.

Je sors de la douche et je prends une grande respiration, pleine de vapeur d’eau chaude, et je souffle fort. Reflexe pour tenter d’expulser ce qui me gène. Mais mon cœur s’accélère. Ca ne fonctionne pas. Je monte la musique et fredonne, essayant de convaincre mon subconscient que les paroles qui sortent de ma bouche sont vraies. Que la vie est belle. Que le bonheur est là, à portée de main. Foutaises mais… J’essai quand même…

Je m’habille, me coiffe. Un joli teint, du brillant sur les yeux, un peu de mascara. Comme ça, impossible de pleurer aujourd’hui, c’est décidé. Mon mascara n’est pas waterproof… Je m’essai à un dernier maquillage, mon sourire. Assez convainquant, pourvu qu’il tienne.

Je monte en voiture, elle prend place juste à côté de moi. J’aurai préféré qu’elle reste à la maison mais… Je ne choisi pas. Enfin peut être que je pourrai après tout… Je n’ai sans doute pas assez essayé. Sa compagnie me déplait mais… me rassure aussi, il faut bien le dire.

En arrivant, ma dose de nicotine. J’ai remarqué qu’elle déteste ça ! Alors pour quelques minutes, elle s’éloigne un peu. Elle m’attend un peu plus loin. Je traine un peu, je regarde l’heure. Pffff il faut y aller.

Bip. Je pointe. 6h45… Je vais être en retard pour les transmissions… Ca commence bien… Je me change, je râle sur moi-même… Toujours en retard, c’est pas correct bordel ! Fais un effort !

Et là, elle me saute sur le dos juste à ce moment ! Ouais, c’est clair, je l’ai bien cherché aussi… Okey, allé viens on y va. Avec tout ce poids, je me sens les épaules basses, mon sourire n’arrive pas à se faire un chemin sur mes lèvres et j’ai l’impression de marcher au ralenti…

J’arrive, je pose mes affaires en salle de pause et la laisse ici comme d’habitude, pour vite rejoindre mon équipe aux trans. Bon comme d’habitude aussi, elle n’est pas d’accord, mais c’est moi qui DECIDE d’abord ! Je souffle un bon coup. Oui, c’est moi qui décide.

 

J’ouvre la porte du bureau de l’infirmière, un p’tit sourire d’excuse, oups oups pardonnn !!! Une petite remarque humoristique sur mon réveil qui fait chambre à et hop, je m’assois crayon en main ! Et oui, la vie est tellement drôle, l’humour est une question de survie parfois !

Je me concentre. Madame A n’a pas voulu garder son oxygène cette nuit, elle a désaturé assez sérieusement mais va mieux. A surveiller. Quelques à jeun ce matin encore, attention pour la distribution de p’tit dej. Je note le tout méthodiquement. Mon cerveau a besoin que je l’aide avec mon p’tit calepin, car il ne retient plus rien. A croire que sa carte mémoire est saturée… Ou qu’elle ne veut plus imprimer… Je ne sais pas, mais le fait est que j’oublie tout. Tout, j’exagère… Je retiens ce qui est important. Mais comment décide-t-on de ce qui est important ?

Hmm.. Difficile à savoir, car j’ai beau faire des efforts pour lui dire ce qui est important, il n’en fait qu’à sa tête.

Les rdv ratés, les prénoms des collègues zappés, les dates d’anniversaires, envolées.

« Jess, que fais tu la semaine prochaine ? Ca te dit un ciné ? »

La semaine prochaine… J’essai de réfléchir à toute vitesse en gardant un visage normal… Quel jour somme-nous ? Allé, réfléchi plus vite… Jeudi… Non mercredi, les enfants n’ont pas école cette après midi ! Enfin, Mahé n’a pas école. Le poids lourd m’ayant percuté ce matin au réveil est de retour et encore une fois, il ne m’a pas raté…

« Euuuh… Je ne sais pas, je te dis ça dans les prochains jours, il me semble que j’ai un rdv de prévu… »

Pff ça sent l’excuse bidon… Elle va penser que je cherche à l’éviter mais… Si je dis oui, je vais l’oublier et ça va être pire. Je le sais bien… Je vais essayer d’y réfléchir à la maison en prenant un calendrier. Il faudra que je le note. Quand déjà ? Ah oui, la semaine prochaine. On est mercredi. Il faut que je regarde le planning demain… Pfff tout est si compliqué. Pourtant c’est si simple. Je le vois dans ses yeux que je semble étrange. J’ai le regard perdu à essayer de me projeter la semaine prochaine, elle doit se dire qu’il me manque une case. Ce n’est pas une énigme non plus qu’elle me pose…

Et c’est comme ça pour tout… Même sans le vouloir, je me sens en décalage total.

Et puis elle qui me suis partout, il va falloir que je lui parle entre 4 yeux… Mais plus tard… Elle complique toujours tout. Et puis elle mélange tout… Quand on parle ensemble, je me sens encore plus perdue après qu’avant… Alors à quoi bon.

Nous sommes même allé ensemble consulter, afin d’avoir l’avis d’un professionnel. On ne peut pas rester dans cette situation là, ça devient invivable. Et bien, il n’a pas été franchement pour une séparation… Mais il aimerait qu’on communique mieux… Qu’on s’accepte… Que j’accepte.

Pfff accepter. Pour lui, ça n’est qu’un mot. Un mot, ça n’est pas grand-chose, on peut bien en faire ce qu’on veut. Mais ça n’est pas un mot qui va m’enlever le poids que j’ai sur la poitrine. Ca n’est pas un mot qui va remettre mon cerveau en ordre. Ca n’est pas un mot qui va changer les choses. J’aurai beau les jeter ici ou là, sur papier ou sur l’écran… Que changent-ils réellement au fond ?

Bon ok. Ils changent les choses. De façon imperceptible. Comme ces photos, qui misent bout à bout, animent le soleil dans le ciel de son lever jusqu’à son coucher. Un time-lapse, on appelle ça.

Le soleil met 24h à parcourir le ciel d’est en ouest. Pour que le soleil se lève à nouveau sur mon cœur, cela risque de se passer plutôt en année… S’il se lève de nouveau. Non, pas de morosité. Le soleil y jette quelques éclats parfois. Quand elle a le dos tourné. J’ai remarqué que ça arrive de plus en plus souvent. Mais elle déteste ça ! Mon sourire à peine esquisser sur mes lèvres qu’elle déboule en courant l’air réprobateur… « T’es sérieuse ? Un sourire ??! »

Non, je ne peux pas sourire. Si, il faut que je sourie. Mais non… Je ne veux pas pouvoir sourire. Car… ça fait du bien. Mon dieu, CA FAIS DU BIEN… alors il ne faut pas… Mais il le faut pourtant, comment continuer sinon ? Et pourquoi ? Continuer pour de faux ? Mentir constamment ? Plus inhumain c’est difficilement envisageable. La vie c’est la vie. La vraie. Une maman ne peut pas être un zombie. On n’appelle pas ça une maman sinon. Mais le fantôme d’une maman.

Mahé mérite bien mieux que ça. Tellement mieux. Il mérite le meilleur… Où est passé le meilleur de moi… Le meilleur de pas grand-chose, ça représente assez peu…

Alors ça va être elle ou lui. Lui ou elle. Dilemme ? Pas vraiment…

Un combat ? Oui. Au quotidien.

Un focus : retrouver la vie. Et si ce n’est la quitter elle… Au moins m’en éloigner. Doucement. Aussi subrepticement qu’une fleur que l’on fixe et qui s’ouvre, bien qu’immobile à nos yeux.

La fuir ? Ca serait lâche, tellement lâche. Et puis, c’est impossible. J’y tiens quand même, je ne peux pas l’effacer… Enfin si, mais non… Arrh c’est tellement embrouillé… Pourquoi est-ce si embrouillé…

La matinée se déroule bien, je file de chambre en chambre donnant les soins aux patients, leur donnant des sourires et de la compassion. Elle ne rentre jamais avec moi dans la chambre, j’ai au moins obtenu ça d’elle. Mais elle m’attend juste là et se rattrape dès que je passe la porte de la chambre pour ressortir dans le couloir.

Du coup, autant j’arrive à ce que les patients ne la voient jamais, autant mes collègues doivent un peu la supporter. Pas toujours évident, surtout que je ne peux rien leur expliquer… Il faudrait des mots, et puis les bons… Pour expliquer quelque chose que je ne comprends pas moi-même…

11h. Je sens l’épuisement. Sourire, articuler un mot audible, entendre une consigne me semblent des tâches bien trop complexes. Je me sens me liquéfier de minutes en minutes. Devenir transparente de seconde en seconde. Je voudrai me fondre dans la couleur mauve de ce mur et disparaître. Je suis inutile. Tout, sauf à ma place. Les gens vont, viennent. M’apostrophent. Je fais un signe de la tête, mais je n’entends pas ce qu’ils me disent.

Midi. Je me vois pourtant servir ce repas. Souhaiter un bon appétit à ce patient. Puis à un autre. Regard sur la pendule. Midi trente. Si je partais maintenant, personne ne s’en rendrait compte. Je regarde la porte de l’ascenseur et j’hésite à me diriger en courant vers cette sortie. Je regarde si souvent dans cette direction. Penser à autre chose. Je mange un morceau, machinalement. Ca n’a pas de gout. Rien n’a de gout, j’ai la tête ailleurs. Je déglutis. Je quitte la salle de pause, ces rires m’agressent. Comment peut-on encore rire. Je suis jalouse, je ne sais plus faire. Je ne veux plus le faire. Plus personne ne devrait le faire. C’est tout.

Un instant seul dans le recoin d’une porte et je la prends dans mes bras. Elle me comprend si bien, c’est bien pour ça que je n’ai pas vraiment envie de la quitter. Je sais que j’ai raison en fuyant ces rires, elle me dit que j’ai raison, c’est bien la preuve. Sinon, je pourrai l’oublier elle et rire avec eux, et ça non, je ne suis pas prête à le faire.

C’est l’heure de rentrer, vite le vestiaire. Je rase les murs. Pas un mot, je n’ai plus l’énergie pour ça. J’arrive à ma voiture. Je m’assois et je claque la porte. Ca y est !! Plus de faux semblants, j’allume la musique et j’éclate en sanglot. Pourquoi ? Une bataille de livrée encore. Fébrilement. En secret. Personne ne doit savoir la difficulté que c’est pour juste tenter de les imiter. Sortir du parking, vite, on pourrait encore me voir…

J’arrive à la maison, les larmes n’ont pas encore eut raison de ce poids qui s’est alourdi au fil des heures passées à l’extérieur.

Cet extérieur où tout va tellement vite. Où rien ne s’est arrêté et où j’ai l’impression que tout à accélérer. Alors que pour moi, j’ai l’impression que le temps défile de façon anarchique. Le passé se mêle au présent, l’avenir n’existe plus. Encore embrouillé. C’est demain qui n’existe pas. Mais le présent non plus. Le temps de le dire et c’est déjà passé.

Alors que sommes-nous ? Pouvons-nous faire l’affront à la vie de parler de demain ? Faut-il être bien présomptueux pour avoir de simples projets ? L’être humain se projette sans cesse dans un futur qui n’existe pas en oubliant de vivre l’instant présent.

Je ne suis plus qu’instant présent. Mis bout à bout, ils devraient constituer le reste de ma vie. Par tout p’tit bout, comme ça, ça semble envisageable. Avec un peu de chance, il n’y en aura pas tant que ça.

Non. La morosité est de retour. Ne pas y penser. Voilà c’est mieux. Ne pas y penser, tout simplement. Ca évite les mauvaises pensées de ne pas penser. C’est tout une gymnastique du cerveau à acquérir. Avec un peu d’entrainement, je vous jure que c’est possible. Après tout, quand c’est une question de survie, a-t-on vraiment le choix ?!

On me dit que oui. Moi je dis qu’on est comme on est. On a les armes qu’on a. Les miennes m’ont permis de rester en vie, je dis temps mieux. Je le dis, mais ça ne sont que des mots. A prendre pour ce qu’ils sont. De simples mots qui ne traduisent pas vraiment les nuances d’une pensée.

Mais tout à fait raisonnablement, je dis temps mieux. Il faut voir le verre à moitié plein. Et puis c’est plus socialement acceptable. Et il faut que je sois socialement le moins décalée possible, je le sais. Avec elle sur les bras, ça n’est pas toujours évident, mais je la fais la plus discrète possible et généralement ça passe. Et ça n’est qu’une question de temps pour que je m’en sépare… Juste encore un peu…

Pour faire baisser la tension que je ressens, j’ouvre mon ordinateur, et je pianote. Elle aime que je parle d’elle, que j’écrive sur elle. Ca nous permet de discuter un peu ensemble, de voir où on en est toute les deux. Voilà, les mots sont sortis, je suis un peu vidée. Sans parler de légèreté, je suis moins lourdes, mes pas sont moins las, ma respiration un peu plus libre. J’ai laissé un peu d’elle sur ces pages que j’ai noircies. Peut-être qu’elle va y rester quelques minutes. Peut être puis-je espérer quelques heures sans cette chaine si lourde qui nous lie.

Je récupère Mahé à l’école, j’ai récupéré un peu d’énergie pour être un peu plus que le fantôme d’une maman. Je sens mes sourires empreint d’une certaine froideur, ils ressemblent parfois même à une grimace, je le vois bien sur les photos. Mes les siens sont pleins de vie. Son rire si cristallin, si pur. Quelle force. J’essai de le comprendre, sans vraiment y parvenir. En tout cas je m’inspire. S’il peut le faire, un jour j’y arriverai. Il me montre le chemin, quand je serai prête, je pourrai le suivre.

Je me raccroche toujours très fort à cette idée. Ca n’est pas moi qui est là pour lui, mais lui qui est là pour moi. Il faut juste que je le suive. Que je ne prenne pas une route différente où on pourrait se perdre tout les deux. Alors je l’abandonnerai sur une route qu’il ne connait pas, ni moi, ni personne. Mais une route où il ne doit pas être seul. Ca je le sais. Une route où il ne doit pas être sans moi. C’est sûr. Sinon, je ne serai sans doute plus là déjà. Je n’ai qu’une place à avoir. Celle tout près de lui. Toujours. Et il n’y a pas de place pour elle près de lui.

Mahé lui-même me l’a dit. Ce qu’elle déteste quand il parle d’elle !! Mais moi j’aime ça. Il m’oblige à m’en éloigner. Il me convainc de le faire. Avec ses mots d’enfant, il me dit qu’elle n’est pas bien pour moi. Ses mots sont des armes redoutables ! Ils ressemblent pourtant à tant d’autres mots que j’ai entendus. Mais il doit avoir un pouvoir magique caché qui fait que dit par lui, ils ont un impact très fort sur elle.

« Maman, ça n’est pas ta faute si la voiture à glissée tu sais… »

Et là je la vois, elle se ratatine dans son coin. Cette chose monstrueuse, nommée Culpabilité, se prend un encore plus monstrueux coup de pied au cul par ce gamin de 5 ans. J’ai le cœur qui va exploser. Il ne peut pas savoir si c’est de ma faute ou non. Mais s’il parle d’elle, c’est qu’il la ressent. C’est qu’il en a entendu parler. Et cette chose monstrueuse ne doit pas faire partie de sa vie car elle salie tout.

Alors cette claque dans la gueule fait encore plus mal que le poids lourds du manque qui me percutent si régulièrement que ça en devient une habitude. Et je n’attendrai pas la prochaine claque pour me battre encore plus fort contre cette culpabilité qui salie mon cœur, qui salie mes souvenirs. Qui salie tout.

Certes elle m’a tellement aidé à me garder en colère contre moi-même que je ne ressentais rien d’autre que de la haine. Certes elle a camouflé la peine qui aurait été encore plus difficile à ressentir à l’état pur. Elle m’a peut être donné la force de rester en vie, m’accrochant à elle, comme si je ne méritai que de souffrir. N’envisageant aucune solution de facilité qui aurait été bien trop lâche et bien trop apaisante.

Mais il est temps que je me sépare d’elle, avant qu’elle ne fasse plus de dégât qu’autre chose.

Je veux être triste et arrêter d’être en colère. Je ne veux pas être une maman fantôme. Je ne veux pas être une maman en colère. Je veux être la maman de Mahé et Liah. Qui organisent mille choses pour faire briller leurs yeux. Faire briller leurs yeux de mille étoiles. La maman qui rie comme une enfant en jouant avec eux. Une maman quoi.

Allé Mahé, au dodo. Une histoire. Un bisou et un câlin et

« Je t’aime plus fort que la lune et toutes les étoiles chaton »

« Toutes les étoiles sauf Liah  maman ? »

« Toutes les étoiles sauf Liah bien sûr. Je vous aime tout les deux très très forts pareil. Endors toi bien vite mon cœur »

« Endors-toi bien vite maman. Je t’aime »

Je ferme sa porte et arrive au salon. Elle a repris du poil de la bête et s’est installée dans le canapé. Elle m’attend. Veut m’étreindre pour ne pas me lâcher. Elle ne voudra surtout pas me laisser dormir, s’insinuant dans les moindres recoins de mon cerveau.

Je me dirige vers la chambre. Elle me regarde amusée « Ah ah comme si tu pouvais me fuir ! »

Je croise le regard de Liah. Qu’elle est belle sur cette photo. La culpabilité se sent bien en moi et pense s’y faire une place pour la nuit entière. Hors de question ! J’allume mon ordinateur, cette nuit ça sera quelques épisodes de Breaking Bad.

« Tu as à moitié gagné, je ne dormirai pas et ça sera à cause de toi. Mais je ne penserai pas à toi. »

Tête sur l’oreiller, je suis à Albuquerque et je deal de la meth. Tout sauf penser à ma vie. Tout sauf penser. Jusqu’à sombrer finalement d’épuisement dans un sommeil agité pour une poignée d’heure…

Avant de tout recommencer, le jour suivant…

Elle et moi… Mais elle n’est pas moi…

 

culpa

 

Ce matin là…

Ce matin là, je me réveille reposée et détendue comme jamais. Une douce lumière caresse ma joue, je me sens bien, limite on se croirait dans une scène de film tellement ça semble parfait… Je me cache sous la couette pour gagner encore quelques minutes entre veille et sommeil…

Mais je savais que ça serait de courte durée ! Mahé et Liah déboulent dans la chambre et sautent sur mon lit en riant. Avalanche de gros bisous, de gros câlins et… Outch… Quelques coups de pied dans le ventre, bien involontaires mais qui n’en sont pas moins douloureux !

Soudain le bruit tonitruant de Gulli résonne d’un coup dans ma chambre ! Yen a un qui a trouvé la télécommande !!

Ok j’abandonne mon lit aux gentils monstres et je file préparer le petit déjeuner, non sans les embrasser et les serrer encore une fois dans mes bras avant de prendre mon élan pour me lever.

C’est tellement bon de sentir leur joues toutes chaudes contre moi, les petites mains de Liah dans mes cheveux, me serrant contre elle, en m’en arrachant quelques uns au passage. Hummm je les mangerai tellement je les aime… Je les regarde avant de quitter la chambre, et c’est comme une ombre qui passe dans mon esprit… Quelque chose ne va pas. Mais quoi ? Je suis là, dans l’encadrement de la porte, mais je ne sais pas… Non sans doute une impression… Qu’est ce que j’ai oublié ?

Bof, ça me reviendra !

Avant tout, le p’tit dej pour mes deux affamés.

David mon mari est parti travailler, et je profite du mercredi avec les enfants, sans la contrainte de l’aller retour à l’école et du réveil matin. Depuis que j’ai arrêté de travailler, je peux profiter à 200% de cette vie de famille si douces. Enfin, douce, par moment, car elle est si vide parfois !! C’est cela aussi la joie du congé parental ! C’est un vrai défi de s’épanouir dans les taches ménagères diverses. Si si !! Je vous assure ! Encore pire défi d’assumer d’être en retard dans ses lessives, parce que oui, Lucie avait vraiment besoin de moi ce matin, c’est pour ça que j’ai papoté 3h avec elle sur facebook !!

Mais aujourd’hui c’est mercredi, on va aller à la ludothèque et cette après midi, nous irons voir un p’tit spectacle tout les 3. Il faut qu’on fasse plein de choses ensemble, qu’on partage plein d’expérience tant qu’on le peut !

Le p’tit déjeuner est prêeeeeet !!! Mahé arrive en courant. Punaise il a encore faillit se manger le mur ! Pourquoi court il en regardant derrière lui… P’tit bonhomme, 2 ans déjà. Il grandit trop vite. Enfin c’est bien ce qu’il est sensé faire ! Grandir, ne jamais s’arrêter de grandir…

« Mais où est ta sœur ? »

«  Liaaaah !!! »

Pourquoi j’ai ce nœud au ventre ?! Je déteste ça.

« Liah ?!! »

J’arrive dans la chambre et bien sûr, elle est scotchée devant les dessins animés, quoi d’autre ? Je respire.

« Allé file, ton p’tit dej est prêt nénette ! » Miam, un p’tit bisou au passage !

«  Oui ouiiiii… ok… Tu peux mettre Gulli dans le salon… »

On ne sait jamais, si cette fois ci, la princesse ne retrouvait pas son prince à la fin… Suspens intenable du dixième visionnage de ce Disney… Les enfants peuvent se lasser si vite de quelque chose et pourtant avec certaines autres, ne JAMAIS se lasser. Désespérant comme leurs lubies sont rarement en phase avec mes goûts…

Allé on s’habille et on se prépare. Liah, à 6 ans, se débrouille comme une grande… Un peu trop d’ailleurs, car les 2/3 vêtements piochés dans son armoires sont rarement assortis ! Je ris intérieurement et je lui conseille autre chose. Parfois elle plie. Souvent je plie. Après tout, les diktats de la mode n’influent pas sur elle ? Ma fille a de la personnalité, je vais plutôt le prendre comme ça.

Je la regarde se coiffer devant le miroir… Elle est si jolie. Cette façon gauche d’être habillée si touchante. Ses cheveux en bataille… Encore, ce coup au cœur qui cette fois me « force » à la serrer fort dans mes bras. Ne leur dit-on jamais assez qu’on les aime ?

Tout le monde est prêt, départ pour la ludo ! Goo !

On monte en voiture, tout le monde est attaché ? C’est ok.

On est un peu en retard sur le programme que j’avais prévu. Allé j’accélère un peu, après tout, je la connais par cœur cette route… Arf non… Restons raisonnable, un accident est si vite arrivé… Et puis tous ces virages… Aller, tranquille… Comme d’hab.

Et soudain, je vois une voiture au loin devant freiner brusquement juste avant un virage… Elle perd légèrement le contrôle, mais redresse et reprend sa route en accélérant encore plus et faisant ronfler le moteur et crisser les pneus… Pff toujours des crétins pour faire n’importe quoi sur la route !!

Cet abruti m’a fait peur, nan mais je rêve. J’ai les mains qui tremblent un peu et je suis en colère. Tellement en colère !!! Ca fait l’imbécile mais il ne lui arrive rien à lui !! C’est tellement injuste…

Injuste… Pourquoi injuste, je me demande bien pourquoi je pense à ça, mais ça déborde de moi.

Un coup d’œil dans le rétro.

« «Pourquoi tu t’énerve maman ?? »

«  Euh non, pour rien. Ya un imbécile qui conduisait n’importe comment c’est rien. »

« Pourquoi il conduit n’importe comment ? »

« Alors ça bonne question… Pour faire son intéressant peut être »

« Pourquoi c’est intéressant ? »

« Ca ne l’est pas chérie, il est bête le monsieur, il roulait trop vite. C’est bon les questions là ! Je conduis moi ! »

Nous voilà à la ludo, je dois être encore bien bouleversée, je ne me souviens même plus du reste de la route et d’où je me suis garée… Peu importe…

De toute la matinée je n’arrive pas à me défaire de ce sentiment de colère et d’injustice que je ressens. Je suis avec les enfants, mais c’est autre chose qui occupe mon esprit. Il y a quelque chose qui cloche. Mais ils sont là, tout va bien…

Etre parent, c’est souvent ce sentiment qui nous submerge. On les perd des yeux au parc et en quelques secondes mille scénario tournent dans notre esprits, plus vite et de façon encore plus tordue que dans celui de Nic Pizzolato !

Hors de notre vue, on les imagine livrés à eux-mêmes, courant les plus grands dangers, risquant les choses les plus graves qui remplissent nos fils d’actualité et la rubrique « fait divers » qui fait encore et toujours couler autant d’encre.

En notre présence, on les imagine en sécurité… Ah la vie est faite de bien des illusions… Et l’homme se sent tellement au dessus de beaucoup de choses… On croit tout contrôler.

Je ne me sens pas très bien, il faut que je prenne l’air

« Venez, on va jouer un peu dehors les enfants ! »

« Ouiii trop bien !! »

« Maman on fait la course jusqu’au toboggan ?!! »

Chacun, ils me prennent une main et m’embarquent vers les structures de jeux. Me revoilà redevenue une enfant. J’adore ce sentiment. Je me mets à leur niveau pour leur faire plaisir, mais c’est en fait un plaisir personnel que j’assouvi en secret ! Voir la vie, l’espace de quelques minutes, avec des yeux d’enfants ! C’est se faire à soi même un bien joli cadeau.

Je ris avec eux, on se balance, on joue dans l’herbe, on se chatouille. Entendre leurs rires, mon dieu, il n’y a pas de plus joli sons que celui là. Ca pourrait être une drogue. C’est sans doute ma plus grande source d’énergie. Liah est tellement belle quand elle rit. Ses yeux si brillant, si expressif…

Je me sens mal pourtant. J’ai chaud en plus. Je transpire. Je suis en t-shirt et j’ai l’impression d’être couverte comme tout ! Mais, où sont les enfants ? Ils ont échappés à ma vue. Ces fameuses 5s d’inattention où on imagine le pire. On y est.

J’ai un très mauvais pressentiment. Il se passe quelque chose. Je le sentais depuis ce matin, bon sang…

Le portail est ouvert. La route juste devant. Je cours la peur au ventre.

Je vois Mahé au loin, il va ramasser le ballon qui est passé par-dessus le grillage. Pas de voiture, ouf ! Mais je ne vois plus Liah ! J’attrape Mahé par la main au passage et je continue de courir, courir… Combien de temps je cours je ne sais pas… Tout est blanc autour de moi…

J’aperçois Liah au loin, dans la prairie. Je ne savais pas qu’il y avait un tel endroit ici. D’ailleurs je ne sais pas où on est, ça va être compliqué pour retrouver notre chemin. Mais je continue de courir pour la retrouver.

Je la vois elle danse sous ce bel arbre, elle joue avec des bulles de savons dans cette jolie petite robe blanche. Mais il va arriver quelque chose de terrible je le sais. Je ne sens plus vraiment l’herbe sous mes pieds, je cours comme si je n’avançais pas. Rien n’est normal. Je veux juste me rapprocher et la serrer dans mes bras.

Et puis, ça arrive. Je vois cette magnifique bulle de savon éclater juste devant moi… Au ralenti. J’ai le temps de voir toutes les couleurs de l’arc en ciel dessus. Mes doigts effleurent une mèche de ses cheveux et là, juste à cet instant cette nuée blanche me submerge. Je ne vois plus rien et j’ai l’impression de devoir m’accrocher pour rester là… Mais rien n’y fait… Elle danse comme si de rien était… Liaaah ! Liaaaahh !!

Puis tout est noir… Je sens la couette lourde sur moi, j’ai tellement chaud, j’ai mal à tous mes muscles… Mes yeux sont mouillés. Je les serre si forts, comme si c’était possible que je disparaisse de nouveau dans mes songes… Mes mains sont crispées sur l’oreiller.

Nonnn, nonn, nonnn !!!! Je ne voulais pas me réveiller… Juste la serrer…

La serrer encore une fois tout contre moi…

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